Mercredi 12 mai 2004
Animateur : Jean-Pierre Archambault, Scérén (Cndp)
14H00 - 14H30 Monique Vuaillat , présidente de la Maison des enseignants, conférence introductive : “Les espaces numériques partagés dans l’enseignement” (transparents - PDF, 155ko)
14H40 - 15H05 Michel Briand, maire-adjoint de Brest, président de la commission usages de Megalis, “Le rôle des collectivités territoriales”
15H15 - 15H45 Pause, visite du salon
15H45 - 16H10 Michèle Drechsler, IEN TICE du département de la Moselle, pilotage du système éducatif, formation, “KM éducatif”
16H20 - 16H45 Patrick Bellot (ENST), Nguyen Hong Quang, Ho Tuong Vinh, “Une expérience de E-learning au Viet Nam”
17H Fin de la session
Session Communautés de pratiques et institutions
(le texte de présentation qui suit fait des références aux contributions des intervenants)
Dans l’Education nationale, des communautés enseignantes (disciplinaires, pédagogiques...) produisent et mettent à disposition des ressources nombreuses et de qualité, dans une espèce de Napster éducatif d’auteurs-utilisateurs. Un des exemples emblématiques en est Sésamath [1], association de professeurs de mathématiques de collèges. Des modalités nouvelles de formation professionnelle des enseignants voient le jour, des coopérations se mettent en place, qui s’appuient sur l’activité de ces communautés [2]. On retrouve en la circonstance le fonctionnement des communautés du logiciels libre, fondé sur le volontariat, des motivations diversifiées, du plaisir de programmer à celui d’apprendre en passant par la reconnaissance par les pairs, une mutualisation qui n’exclut pas l’organisation condition du succès, et aussi le charisme de leaders.
Un clonage
On aimerait apporter sa pierre à la multiplication de pareilles communautés, on aimerait pouvoir les « cloner » ! Comment se créent-elles ? Quels sont leurs ressorts profonds ? On aimerait qu’elles consentent toujours à des coopérations avec l’institution éducative, surtout quand cette dernière est bien disposée à leur égard. Car l’on constate çà et là des difficultés à collaborer, voire des refus, l’arbre ne devant toutefois pas masquer la forêt. Ainsi, un même enseignant pourra être membre d’une communauté du libre et/ou pédagogique plus ou moins formelle et, à ce titre, fonctionner avec efficacité selon une logique de coopération volontaire, de « bon vouloir ». Mais, dans le même temps, il prendra ses distances avec son institution, refusant de s’impliquer dans des projets dont il partage pourtant les valeurs. A cela beaucoup d’explications. Il peut être en conflit avec son employeur pour des raisons diverses (rémunération, carrière, reconnaissance...). Il peut estimer à juste titre que toute peine mérite salaire et qu’il arrive que l’administration abuse un peu du dévouement des personnels. Il peut s’agir d’une attitude de principe vis-à-vis de l’institution en général. Il n’y a pas qu’aux USA que certains secteurs de la communauté du libre entretiennent de bonnes relations avec le « marché », et des rapports conflictuels avec l’Etat.
Etat, marché, associations et personnes
Pour les logiciels et ressources libres, comme pour beaucoup de champs de l’activité humaine, il y a l’Etat, le marché, les associations, et les personnes. Derrière l’Etat, il y a la société, le suffrage universel et les citoyens. En dernière instance, des choix politiques, pour ou contre le pluralisme technologique, pour ou contre une plus grande place faite au logiciel libre, l’innovation et le développement de la connaissance, la démocratisation de la formation et de l’accès au savoir. Aucune raison donc pour que l’Etat et ses institutions ne favorisent pas les logiciels libres, ne serait-ce que par souci de l’intérêt général. C’est aux citoyens de le faire savoir. La neutralité n’est pas de ce monde. Ne rien faire c’est conforter l’existant. Les citoyens, les enseignants, quand ils partagent les idées de coopération, de partage et de libre accès pour tous de la connaissance, ont tout intérêt à ce que des actions communes voient le jour, dans une « alliance » Etat-personnes-associations, et marché car il ne manque pas d’entreprises qui ont bien compris que le logiciel libre était un facteur de régulation de l’industrie informatique et de diversité [3]. En France, ces dernières années ont vu de nombreuses prises de position et actes officiels, venant d’horizons divers [4]. Ces coopérations et actions en commun doivent se faire sur un pied d’égalité. Elles doivent respecter l’autonomie et la spécificité des uns et des autres : c’est une condition sine qua non de leur efficacité et de leur succès. Les communautés de pratiques ne se régentent pas. La collectivité a tout intérêt à s’appuyer sur leur dynamisme, à les pérenniser, à les aider, et non pas à vouloir les diriger. Mais il n’y a pas d’un côté les gentils, et de l’autre les méchants. Car il peut arriver que l’homme, dans la société civile, s’engage d’une manière trop exclusive dans sa particularité égoïste, pour ses besoins dans une guerre de tous contre tous, alors que l’universel est sa vraie vocation politique, en tant que citoyen ou membre de l’Etat.
Par ailleurs on constate qu’en certaines circonstances le poids de la hiérarchie se fait sentir pour emporter la conviction de recourir au libre et à la coopération. On peut le regretter mais c’est ainsi. Et puis le bénévolat a aussi ses limites. Dans tous les cas, la coopération entre les communautés de pratiques et les institutions est la bienvenue.
Deux objectifs
Il y a toujours intérêt à comprendre ce qui se passe, à identifier les contradictions à l’oeuvre dans les démarches de coopération, surtout quand on éprouve de la sympathie pour elles !
D’où deux objectifs assignés à la session : d’abord, mieux comprendre les enjeux personnels, les motivations, les ressorts de l’insertion d’activités dans la sphère privée ou la sphère associative, les conditions d’une coopération réussie et les obstacles qui s’y opposent... ; ensuite mettre en évidence l’importance du rôle des institutions, du politique donc, de leurs choix et de leur implication ; le fait que les institutions sont elles-mêmes plurielles, surtout dans une phase de transition, et qu’elles peuvent être le lieu de décisions divergentes ; la complexité de leurs relations avec leurs salariés et leurs associations.
Des problématiques générales
Monique Vuaillat, dans une conférence introductive, nous montrera le caractère général des problématiques de la session, à partir notamment de son point de vue de présidente de la Maison d’enseignants, dont l’un des objectifs est le transfert des compétences professionnelles entre les générations d’enseignants. Le cadre associatif est à la fois indépendant, ce qui contribue à le rendre attractif, mais en même temps ouvert à des partenariats avec les entités publiques comme le SCEREN et les CRDP, les universités... dont le rôle et les missions, bien que répondant à des impératifs plus institutionnels, n’en sont pas moins complémentaires.
Libres, savoirs et collectivités locales
A travers leurs responsabilités d’équipement des écoles, (villes), collèges (départements), lycées (régions) les collectivités locales ont une responsabilité directe dans le choix des matériels et logiciels mis à disposition des équipes pédagogiques.
La disponibilité récente d’outils bureautiques libres interopérables et respectantt santdards et normes de fait ouvrent un espace de diffusion puis généralisation des logiciels libres auprès de l’ensemeble des enafnts, les citoyens de demain.
Les collectivités locales sont aussi au coeur de vastes systèmes d’information : services aux habitants, multiples commissions et études, votes, Systèmes d’infomration géographique, la question d’une mutualisation et d’un choix du logiciel libre est posée aux élus (et direction infoirmatique et télécom) à travers l’action d’une association comme l’adullact.
Les collectivités locales ont aussi une responsablilité éducative et culturelle : éducation populaire, journaux de quartier, acccompagnement scolaire, projet éducatif locaux, formation des associations, accès public à internet, vulgarisation scientifiques ...
Les viles et régions s’impliquent dans l’accès et la difffusion des savoirs et de la culture.
Aujourd’hui les outils de production numérique (photo vidéo, publication) démultiplient la posibilité d’écrire et d’être lu, écouté vu. De nouveaux champs d’ecxpression, de création s’ouvrent dans lequel la question du logiciel libre pour la production et des contenus ouverts libremant partagés se posent.
C’est tout un mouvement autour de l’écrit public, du bien commun, ce ce qui est public ou privé qui aujourd’hui interpelle les collectivités.
A travers ces exemples se pose la question d’une statégie des collectivités locales dans ce contexte du bien commun, du bien public et du lien social auxquels sont attachés nombre d’élus.
L’Education nationale
Michèle Drechsler, IEN TICE en Moselle, nous parlera du contexte d’une circonscription de l’enseignement primaire, de son pilotage, notamment en matière de formation professionnelle continue des enseignants. On sait la difficulté de l’exercice car l’on est dans le domaine des savoirs et savoir-faire tacites. D’où l’idée de s’appuyer sur la production de ressources pédagogiques et les échanges les accompagnant (documents, scénarios... qui recèlent des conceptions pédagogiques) par des groupes d’enseignants constitués à l’initiative de l’institution scolaire, dans le cadre d’animations-formations. Michèle Drechsler nous décrira le fonctionnement d’un dispositif de formation hybride, associant présentiel et travail à distance entre les stages, les productions de ces groupes, notamment pour la rédaction de fiches pédagogiques intégrées à un cédérom multiplateforme de logiciels pédagogiques libres pour l’école primaire et la grande section de maternelle. Nous verrons que lorsque l’institution scolaire place l’activité des enseignants dans le temps de formation, les choses ont tendance à bien se passer. Cela ne saurait surprendre car alors l’avantage est mutuel : d’un côté formation personnelle, ressources pour la classe, de l’autre mise en oeuvre d’une politique.
Le Viet Nam
Nguyen Hong Quang nous relatera une expérience d’enseignement à distance au Viet Nam, à l’Institut de la Francophonie pour l’Informatique (IFI) qui, dès sa création en 1995, a privilégié les logiciels libres dans son cursus. Le contexte général [5] est celui des pays du Sud-Est asiatique, dans lesquels le droit de la propriété intellectuelle est peu respecté, avec une pratique du secret industriel consistant à proposer des services que l’on veut être les seuls à pouvoir fournir. Le piratage est couramment pratiqué. Le résultat en est la disparition d’une industrie locale du logiciel.
Il n’y a pas de leçons à donner : les pays riches ne se sont pas développés en s’appuyant sur les réformes qu’ils prescrivent aujourd’hui (protections tarifaires et subventions pour favoriser la croissance de leurs industries). De nombreux pays n’ont pas permis les brevets d’inventions étrangères avant la fin du 19ème siècle. En particulier, la Suisse et la Hollande refusèrent de mettre en place un droit des brevets jusqu’en 1907 et 1912 respectivement, malgré les pressions internationales, « volant » ainsi les technologies inventées à l’étranger [6].
Mais il existe un risque de fragilisation possible dans des négociations à venir. Bill Gates n’a-t-il pas déclaré : « Je préfère que l’on pirate mes logiciels plutôt que l’on utilise des logiciels libres. On viendra à moi, il faudra payer ». Plus il y a des « Word », même piratés, plus il y a des utilisateurs et des acheteurs de « Word », large public rendu captif par les formats de données propriétaires.
Le choix opéré par l’IFI est « intentionnel ». Il résulte de la conscience très forte de l’enjeu des logiciels libres pour un pays encore pauvre mais plein de potentiel intellectuel comme le Viet Nam. La formation des utilisateurs et des programmeurs aux logiciels libres est une nécessité absolue et indispensable [7]. Deux approches sont utilisées, l’une « coercitive » [8] et l’autre basée sur la découverte. Tous les TP doivent être réalisés à l’aide des logiciels libres. Les rapports et présentations doivent utiliser les formats ouverts (PDF, RTF, HTML, ...). Ces obligations paraissent un peu dures et « totalitaires » [8] au début, mais le résultat est très encourageant : la plupart des étudiants s’habituent rapidement et ne ressentent plus l’obligation comme sévère.
L’approche logiciel libre se déroule parfaitement à l’IFI. Les étudiants, à présent, apprécient le logiciel libre pour ses qualités intrinsèques. Ils apprécient de comprendre. La plate-forme libre a été traduite en Vietnamien et est parfaitement opérationnelle. L’IFI est, au Vietnam, une vitrine du logiciel libre : articles dans les journaux et émissions de télévision. Grâce aux compétences acquises, il va se retrouver au centre d’une initiative du gouvernement vietnamien pour développer des compétences en logiciel libre, dans le cadre d’une politique de support au logiciel libre. En définitive, un bel exemple d’« alliance ».
Jean-Pierre Archambault
chargé de mission veille technologique au Scérén-Cndp
[1] Voir http://www.sesamath.net/.
[2] « Un dispositif de circonscription pour favoriser la mutualisation », Michèle Drechsler, IEN TICE de Moselle, http://www.cndp.fr/dossiersie/46/ac...
[3] Les institutions européennes aussi : voir les sanctions prononcées par la Commission européenne à l’encontre de Microsoft, amende modeste mais amende quand même, pour entrave à la concurrence et, ce qui est nouveau, à l’innovation.
[4] Parmi les nombreux exemples on mentionnera l’accord-cadre signé en octobre 98, et reconduit depuis lors, entre le Ministère de l’Education nationale et l’Aful, ou l’équipement par le Conseil général de Seine et Marne de tous les collèges du département de réseaux sous Linux
[5] « La propriété intellectuelle, une question importante », Jean-Pierre Archambault, colloque « Le Viet Nam dans la mondialisation » du 24 novembre 2003, Perspectives France Viet Nam numéro d’avril 2004
[6] Ha-Joon Chang, université de Cambridge, Le Monde du 19/07/2002
[7] Certains oublient quelquefois un peu facilement que, si largement plus d’un million d’ordinateurs fonctionnent au quotidien dans le système éducatif français, c’est grâce aux milliers et milliers de stages organisés depuis plus de vingt ans, sur les environnements existants (à l’intention de ceux qui voudraient faire croire que l’informatique propriétaire fonctionne toute seule !)
[8] Nous nous permettrons de dire à nos amis vietnamiens que leurs propos nous semblent excessifs, sauf à considérer que le quasi monopole « naturel » du système d’exploitation que l’on connaît, avec les méthodes que l’on sait, est une forme suprême de la démocratie.