Session « Le libre dans l'éducation premier et second degré »
Animation : Jean-Pierre Archambault (SCEREN)
Présentation détaillée de la session
La formation au libre dans l'enseignement scolaire, premier et second degrés, rejoint la problématique plus générale d'un enseignement de l'informatique pour tous les élèves, en tant que tel (discipline à part entière), car composante de la culture générale scientifique et technique de notre époque. Dans cette problématique, le libre est lui-même une composante de cet enseignement, ne serait-ce que pour éviter d'apprendre aux élèves « qu'ils n'ont pas le droit de copier un logiciel, quel qu'il soit ! » Ce qui n'est pas exact comme chacun sait.
Il y a une convergence forte entre formation aux notions de bases et représentations mentales permettant l'opérationnalité et les principes du libre, au même titre qu'il en existe une entre logique propriétaire et formations « presse-boutons» . La compréhension des enjeux de la société de la connaissance, de ses modèles économiques et de ses modalités de propriété intellectuelle, des logiciels et des ressources libres suppose par exemple de savoir ce que sont, d'un point de vue scientifique, le code source et le code objet d'un programme informatique. L'importance des questions liées à l'ouverture des formats et des standards suppose d'être allé au-delà d'une simple formation d'« utilisateur » d'outils. D'une manière analogue, c'est le cas en mathématiques, où une bonne compréhension de la notion de fonction en général passe par l'étude de fonctions données dans le second degré. Même si le citoyen lambda ne construit plus de courbes dans sa vie quotidienne. La compréhension de la logique de fonctionnement d'un ordinateur, et des questions qu'il soulève, par exemple à propos du vote électronique, nécessite, elle, des activités de programmation au cours de la scolarité, sans qu'il s'agisse de former de futurs informaticiens professionnels. Or, ce n'est plus le cas actuellement, contrairement à ce qui se passait dans les années quatre-vingt avec l'option informatique des lycées d'enseignement général.
Composante naturelle de la culture informatique, le libre plaide donc en faveur d'un enseignement de nature scientifique et technique, se fixant l'objectif de former des utilisateurs « intelligents » des machines et des logiciels.
La session sera donc l'occasion de faire une information sur l'existant en la matière et de réfléchir à des propositions de cursus intégrant du libre s'appuyant sur cet existant :
- à l'école primaire, le B2i ;
- au collège, le cours de technologie, le B2i et les utilisations dans les autres disciplines (il faut noter à ce sujet que depuis peu le B2i figure dans les épreuves du brevet des collèges et du baccalauréat) ;
- au lycée, un enseignement de nature scientifique et technique, du type de l'option d'informatique de l'enseignement général des années quatre-vingt, à actualiser, et les utilisations transversales et disciplinaires.
Outre cette approche disciplinaire de l'informatique libre, il y a aussi une spécifité des logiciels (et des ressources) libres dans le système éducatif. Le contexte est celui défini en octobre 1998 par le Ministère de l'Education nationale, qui a signé un accord-cadre avec l'AFUL (Association francophone des utilisateurs de Linux et des logiciels libres). Cet accord, qui indiquait qu'il y a du côté des logiciels libres des solutions alternatives de qualité, à très moindres coûts, pour l'équipement des établissements scolaires dans une perspective de pluralisme technologique, a été régulièrement reconduit depuis lors. Le contexte plus général est celui de la Fonction publique dont le ministre, Renaud Dutreil, indiquait notamment, dans un discours prononcé le 26 mai 2005 à Soissons lors des Trophées du libre : « Vous le savez, une de nos préoccupations premières pour le développement des services en ligne, est la garantie d'interopérabilité… Dans ce contexte, les technologies ouvertes sont pour nous une opportunité pour garantir cette interopérabilité… L'utilisation des logiciels libres représente aussi dans certains cas une opportunité en termes économiques… La mutualisation, maître mot du programme Adèle, est aussi celui du monde du libre… Le libre représente donc un enjeu d'économie des deniers publics… Je crois que la diffusion des logiciels libres au sein des services de l'Etat augmentera sensiblement dans les prochaines années, coexistant avec les logiciels propriétaires… Maintenant que le modèle du libre a — je crois — fait ses preuves et fait l'objet d'un réel engouement de la part des entreprises comme des administrations… ce qui compte est de faire jouer librement la concurrence et d'y faire participer pleinement les éditeurs du libre ».
Les logiciels et les ressources libres font désormais bien partie du paysage éducatif, à part entière. Plus personne ne le conteste. De multiples chantiers sont en cours, par exemple :
- utilisation nouvelle dans les sections tertiaires des lycées techniques et professionnels de la suite bureautique OpenOffice.org ;
- suite à une initiative de la Ville de Brest, diffusion en 6 mois de milliers d'exemplaires du CD bureau libre free-eos (compilation de logiciels libres) dans des écoles, lycées, universités ;
- distribution par le Conseil Régional d'Auvergne de 64 000 packs de deux cédéroms, contenant des logiciels libres, aux lycéens de la région à la rentrée scolaire 2005 ;
- coédition par les CRDP de Paris et de Versailles, en partenariat avec Apple, d'un cédérom Des logiciels libres pour l'école du cycle 1 au cycle 3 comportant des fiches de scénarios pédagogiques ;
- site du pôle de compétences logiciels libres du SCEREN (cf. notamment son espace premier degré) ;
- productions de l'association Sésamath ;
- …
Et puis, la coopération entre les enseignants les amène à travailler sur des documents communs : pareilles démarches requièrent des réponses en terme de propriété intellectuelle de type Creative Commons. On sait par ailleurs les difficultés spécifiques de la formation professionnelle initiale et continue des enseignants caractérisée par moins de savoirs codés, formalisés, davantage de savoirs tacites que leur formation universitaire aux contenus enseignés. Les productions des enseignants peuvent servir de support à de nouvelles modalités de formation car derrière un scénario de cours, une fiche d'exercice fait avec l'ordinateur, un document décrivant le détournement d'un logiciel dans un contexte donné, il y a toujours une pratique professionnelle.
Les initiatives foisonnent. Elles suscitent de riches débats. La session « enseignement scolaire » d'Autour du libre 2006 apportera sa contribution à la réflexion et à l'action.
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